• Kévin Joly

L'artisanat numérique, un nouveau métier ?

Numérique !! Je veux pas en entendre parler ! C'était mieux avant de toute façon...



L’artisanat numérique, comme son nom l’indique, recoupe les valeurs de l’artisanat, à savoir une conception, un assemblage et une finition manuelle, mais prototypés et fabriqué en grande parties usinés par des machine numériques. Les machines à commande numérique construisent l’avenir, de par leur potentiel de fabrication et de précision, tandis que la fabrication manuelle est de mieux en mieux valorisée. Nous concevons des objets sur ordinateur, nous travaillons les matériaux avec nos machines à commandes numériques, et nous assemblons à la main voici l'univers i-Craft.


Un titre et un mot peut être étonnants tant on assimile l’artisanat à des métiers manuels, anciens et en oppositions aux technologies numériques. Mais à y regarder de plus près, l’explosion des métiers dans le secteur numérique concerne davantage une multitude de travailleurs indépendants et services plutôt que des batteries de salariés spécialisés concentrés dans de grandes multinationales du numérique. Ce renouveau de l’artisanat est plutôt une bonne nouvelle car cette forme d’organisation du travail génèrent de nombreuses évolutions très positives pour la société.



Comment expliquer ce retour en force de l’artisanat ?


Il est probable que le modèle massif du salariat mis au monde par la révolution industrielle soit en train d’exploser. Aujourd’hui la plupart des grandes entreprises externalisent de nombreuses fonctions auprès d’agents indépendants. Ceux-ci ne cessent de croître en France comme dans le monde industrialisé. Les américains prévoient d’ailleurs une proportion de 40% de travailleurs indépendants à l’horizon 2020. Et c’est le secteur numérique qui tire cette évolution. D’une part à cause du développement de ces nouveaux artisans numériques et d’autre part à cause des nouvelles formes de travail rendue possible par le numérique. Chacun peut travailler de chez soi, d’un centre de coworking de façon indépendante. L’économie du 21ème siècle contourne ainsi l’extrême rigidité héritée des modèles d’organisation sociale du travail du 20ème siècle.



Quel est le portrait robot de ce nouveau profil d’artisans ?


Il était une fois un artisan ….

L’image traditionnelle de l’artisan le situe le plus souvent dans sa boutique ou sur son chantier, dans sa voiture allant de client en client. Il travaille derrière son comptoir ou dans son atelier, les mains pleines de poussières ou pleines de graisse; ses boîtes à outils sont lourdes. Il voit passer son voisin, toujours à la même heure; il sait que Mme Dupont aura les visites de ses petit-enfants ce dimanche et qu’elle voudra leur faire plaisir en achetant quelques pâtisseries; il fera donc en conséquence quelques gâteaux de plus. Il sait que la maison des nouveaux arrivants de la rue à côté a besoin de rafraichissement, qu’il sera donc bientôt sollicité pour des travaux de peinture. Il connaît la vie du quartier, du village.

J'exagère un petit peu mais en même temps..





La crise structurelle du travail que nous connaissons et dont le numérique est un agent pathogène, détruit et créer en même temps des millions d’emplois. Les générations Y et Z ont bien compris ce phénomène et investissent donc massivement l’entrepreneuriat numérique et deviennent des artisans numériques même si ce terme n’est pas vraiment valorisé ni utilisé tant il fait référence à des métiers manuels. Ce qui est surprenant car dans le numérique on travaille certes avec sa tête mais aussi avec ses doigts, c’est ce qu’on nomme le digital….

On peut donc dire que ces nouveaux artisans sont jeunes, assez diplômés, et connaissant assez bien l’univers numérique car ils y baignent depuis longtemps. Mais surtout ils sont créatifs, autonomes, en réseau, agiles et ouverts à l’innovation et aux changements. 



Quelle plus value de ces artisans ? Qu’apportent-ils à l’économie ?


Tout d’abord ils sont des créateurs. Ils apportent donc des idées nouvelles, de nouveaux services, de nouveaux outils bénéfiques pour l’économie. Ils créent les bases des produits et des services nécessaires à l’économie de notre temps. Les centres de coworking hébergent d’ailleurs de nombreux artisans numériques à l’origine des plus belles success-stories du web. Ensuite, ces artisans sont inscrits dans une économie territoriale équilibrée.

On peut tous travailler de chez soi, d’un tiers lieu proche de chez soi, dans les transports ou de chez ses clients. D’une certaine façon on revient dans la situation d’avant la première révolution industrielle où l’on travaillait massivement de chez soi ou dans une petite manufacture proche de chez soi. Cela génère une économie de proximité, décentralisée, proche des préoccupations des gens. Cela recrée du lien social et de l’activité dans les zones périphériques et rurales. Mouvement bien d'actualité avec la période sanitaire du Covid. #teletravail

 Le développement du numérique, sous toutes ses formes, constitue un enjeu déterminant pour l’ensemble des entreprises, quelles que soient leur taille, leur activité et leur implantation géographique. Pourtant, à ce jour, une entreprise française sur deux enregistre un retard significatif dans ce domaine, alors même que le numérique représente une réelle opportunité pour gagner en efficacité et, par conséquent, en productivité.

En effet, le recours à des outils numériques adaptés est potentiellement source de multiples avantages concurrentiels et non concurrentiels :

  • gains de temps

  • réduction des coûts

  • simplification des démarches administratives

  • optimisation de l’organisation du travail et de la gestion quotidienne

  • amélioration de la qualité des produits et services

  • fidélisation des clients

  • conquête de nouveaux marchés

  • Etc ……



Ce mouvement est-il pérenne ?


Il est probable que cette génération Y et Z deviennent tous des artisans numériques et qu’ils le restent. La très grandes majorité de ceux qui ont goûté à cette liberté ne veulent pas la perdre et les emplois classiques de l’économie du 20ème siècle ne font plus du tout rêver. Même leurs derniers privilèges comme par exemple la fameuse garantie de l’emploi sont en train de tomber. Il est donc très probable que ce mouvement perdure à condition qu’il écarte deux grandes menaces.



Justement, quelles sont les limites de ce modèle artisanal et à quelles menaces est-il confronté ? 

 

Ce qui a prévalu dans la naissance du salariat et du syndicalisme au moment de la révolution industrielle c’est la prise de conscience que nous étions plus forts ensemble pour se protéger des aléas de la vie et du travail en créant les premières caisses mutualistes et les assurances chômage.

C’est un des défis des artisans numériques. Leur jeunesse constitue un atout et nombre d’entre eux n’ont pas encore de famille, de gros problèmes de santé ou de mise à jour de leurs compétences. Il faut donc que ce secteur de l’artisanat s’organise, se fédère pour se consolider. 

Si Internet a été crée dans une logique horizontale et décentralisée, force est de constater aujourd’hui que ce n’est plus le cas et que les grandes majors du secteur trustent le marché dans une logique verticale, propriétaire et monopolistique. Il y a 20 ans on pouvait facilement trouver en tête d’une recherche sur internet un petit hôtel. Aujourd’hui, impossible d’éviter les intermédiaires comme Tripadvisor, Expédia ou Booking qui nous rendent certes un service mais fragilisent le secteur hôtelier artisanal par un véritable racket sur les commissions qu’ils prennent. 



Quelles alternatives possibles ?


Face à ce risque les artisans numériques ont des atouts : ils sont des interfaces humaines et de proximité pour aider chacun d’entre nous à décoder le numérique et se l’approprier. Ils peuvent donc jouer l’atout de la relation humaine face aux grandes plateformes, ainsi que de la flexibilité. Il existe aussi des alternatives aux grandes multinationales du numérique notamment à travers le mouvement open source.

Enfin, ce mouvement des artisans numériques rejoint aussi celui qu’on appelle les makers, ces producteurs de la nouvelle économie manufacturière qui associe le numérique, le design et la réappropriation des outils de production dans les fablabs, ces nouvelles petites usines de proximité. 


Le mariage heureux des métiers de l’artisanat et du numérique



Cette vision est largement dépassée.


Cet artisan tel qu’on le rencontrait il y a peu n’existe plus, ou presque plus. Internet, et plus largement le numérique, ont changé la donne. Le numérique modifie la façon de consommer, de créer, de produire, de vendre, de s’informer, quel que soit le secteur. Et, désormais, la concurrence vient de loin; elle est partout.   Travailler sans le numérique est difficile aujourd’hui, voire risqué; l’artisan d’aujourd’hui l’a bien compris :

  • Il s’informe

  • Il innove

  • Il s’adapte

  • Il s’équipe dans tous les domaines du numérique, sans pour autant renoncer à son savoir‐faire, aux gestes qui font toute la différence, sans renier sa personnalité, ses valeurs, sa proximité avec sa clientèle. 


Cet artisan nouveau, que l’on qualifiera de 3.0, a désormais complètement intégré le numérique dans son activité professionnelle. Ce nouvel outil va lui permettre de se remettre en question, d’accroître sa notoriété et sa visibilité, de développer son chiffre d’affaires, de gagner du temps, de gagner en efficacité, en précision, d’être plus créatif et, au final, d’être plus compétitif.



Mais comment, concrètement, au quotidien, cet artisan intègre‐il le numérique ?  

  • Il est visible sur Internet

  • Il crée son site Internet: ce sera sa vitrine dans le monde entier, vitrine qu’il va pouvoir renouveler et animer, aussi souvent que nécessaire, pour informer et susciter l’envie.  

  • Il est sur les réseaux sociaux, devenus incontournables : Facebook, Twitter, Instagram, Linkedin et les autres n’ont plus de secret pour lui.

  • Il veille à sa e‐réputation : les mauvais avis, il sait comment y répondre ; sur la toile, il sait mettre en avant ses atouts, sa différence, ses qualités.  

  • Il veille au référencement de son site sur les moteurs de recherche : il connaît les mots clés, les astuces;  en pole position, il est sûr de capter de nouveaux clients.  

  • Il développe son activité et son chiffre d’affaires grâce au Web et aux outils numériques  

  • Il vend et prospecte sur Internet : il trouve de nouveaux clients, détecte de nouveaux fournisseurs qui, peut‐être, lui permettront d’obtenir de meilleurs prix, de renouveler ses recettes ou sa gamme, grâce à de nouveaux matériaux ou à des composants innovants.

  • Il tisse de nouveaux partenariat avec des gérants comme lui qui décide d'innover et d'évoluer.

  • Il donne à ses clients la possibilité de commander et de payer en ligne : il anticipe et rationnalise ainsi ses achats et sa production, réduit ses coûts.    

  • Il ouvre sa boutique en ligne : pour les clients du bout du monde ou ceux du bout de la rue qui n’ont pas envie de bouger, c’est pratique ; pour lui, c’est de la notoriété et des ventes supplémentaires. 

  • Il anime sa boutique physique, son showroom : avec des vidéos sur écran TV, il valorise son savoir‐faire et celui de ses collaborateurs en donnant à voir leur travail et leur maîtrise du geste, il valorise des réalisations sur d’autres chantiers.  

  • Il donne une autre dimension à sa relation client : il s’équipe en outils de mobilité (tablettes, smartphones) pour donner un prix de façon instantanée, rentrer des mesures pour établir un devis ; au final le client attend moins et même pas du tout. L’artisan, lui gagne du temps et modifie la perception que sa clientèle se fait de l’artisanat.    

  • Il adhère à une plate‐forme collaborative : à plusieurs, on est plus visibles, on crée de l’émulation, on groupe les commandes, on est complémentaires, on rassure les clients en affichant une collaboration active entre professionnels de qualité.   

  • Il intègre le numérique dans son processus de création et de production.

  • Il participe à un fablab : dans ce lieu d’échanges, il booste sa créativité, trouve des partenaires, des solutions techniques et logistiques pour imaginer, concevoir et fabriquer un nouveau produit…  

  • Il investit dans les outils numériques : une imprimante 3D va lui permettre de fabriquer des prototypes; une découpe laser va améliorer la précision de ses travaux, va lui faire gagner du temps, va limiter les pertes. Dopée et mise en valeur par l’apport de la technique, la maîtrise du geste et la compétence professionnelle ouvriront de nouvelles perspectives.  

  • Il s’équipe en logiciels métiers : aider une cliente à choisir sa nouvelle coiffure ou une nouvelle paire de lunettes, simuler les plans de la cuisine équipée, améliorer le design de ses produits : autant de possibilités pour innover et développer ses affaires, en accompagnant le client dans ses choix.   

  • Il s’informe et se forme en ligne.

  • Il s’informe sur la réglementation : sur les règles d’hygiène et de sécurité, sur les aides à l’embauche et à l’apprentissage, sur la prévention des risques, etc… Un clic, une application et l’information est là.  

  • Il se forme, sans avoir à se déplacer, sur les évolutions de son métier, sur les nouvelles technologies ; il vérifie ses connaissances : e‐learning et didacticiels sont une aide précieuse pour monter en compétence.

  • Il gère son entreprise plus facilement grâce au numérique  

  • Il stocke et sauvegarde ses archives, ses factures, ses données : pour plus de sécurité, pour gagner du temps dans la recherche de documents, mais aussi pour répondre aux obligations légales en matière de dématérialisation.  

  • Il partage les informations au sein de l’entreprise : pour ses collaborateurs « nomades », c’est un avantage ; l’ensemble de l’entreprise y gagne en temps, en organisation, en confiance.  

  • Il gagne du temps dans sa comptabilité : il simplifie la gestion des devis et des factures ; ses comptes sont à jour en temps réel, autant de risques d’erreurs en moins quand il s’agit d’apporter des justificatifs.  

  • Il trouve des financements privés complémentaires pour certains projets : il repère facilement les possibilités du financement participatif et la meilleure façon de récolter des fonds, en exposant un projet pour susciter l’adhésion du plus grand nombre.  

  • Il s’informe sur les aides dont il peut bénéficier, au plan local, national ou international : en matière notamment de financement public, d’innovation ou de reprise/transmission d’entreprise, plusieurs sites lui présentent l’ensemble des dispositifs d’accompagnement public offerts aux chefs d’entreprise.  

  • Il sécurise son site internet : il repousse les attaques des pirates du web et sécurise ses applications et ses données, notamment les données à caractère personnel.  




* Tous les artisans et les artisans d’art ne se retrouvent sont pas encore complètement, et de loin, dans ce portait‐type de l’artisan 3.0.

Ils s’équipent progressivement en outils ou procédures numériques en fonction de l’opportunité qu’ils y voient pour gagner en efficacité, en temps, en charges ou pour mieux organiser le travail et la gestion quotidienne dans l’entreprise, fidéliser les clients et en conquérir de nouveaux.   

Chacun va à son rythme et en fonction de ses spécificités, de son appétence sur le sujet, de ses connaissances initiales, de son implantation géographique, de son âge aussi. Mais chacun a désormais les moyens de prendre en compte le numérique dans sa vie professionnelle, afin d’y trouver une source supplémentaire de développement économique, mais également un outil pour gagner du temps qui pourra être consacré à autre chose, aux loisirs, à la famille etc...



Des situations nouvelles pour l'artisan, aujourd'hui

  • Les technologies numériques envahissent notre quotidien et l'entreprise artisanale doit donc être en veille permanente pour se tenir au courant des innovations pouvant l'impacter ;

  • Les équipements et interfaces de connexion (smartphones, tablettes...) et les réseaux (mobiles, fixes, sans fil, fibre optique...) revisitent les interactions et il faut donc saisir ses opportunités pour les professionnels (exemples : accéder à plans de chantier sur son smartphone, démarrer et réguler le chauffage à distance) ;

  • Via des équipements, on peut bénéficier d'information en temps réel. L'expérience client évolue constamment : recherche d'information et décision d'achat à distance à partir de critères d'offre, de notations.


Les nouveaux comportements des clients avec le numérique.

  • Ils sélectionnent très souvent une entreprise trouvée en ligne

  • Ils se renseignent sur Internet sur l'offre, l'expérience vécue d'autres clients auprès d'artisans (appréciation, notation...)

  • Ils achètent en ligne, en drive et en mode click & collect des produits de tout ordre (et pas seulement des biens de grande consommation)

  • Ils achètent en fonction de l'information associée au produit et au service : production, valeurs et histoire de l'entreprise

  • Ils cherchent à se libérer des horaires d'ouverture et des journées travaillées

  • Ils choisissent une entreprise performante en matière de respect des délais de livraison

  • Ils apprécient un produit personnalisé et sur-mesure.


Artisans : comment innover concrètement avec le numérique


  • Personnaliser les produits (exemple : avec la fabrication numérique)

  • Etre visible sur le web, se différencier et vendre en ligne (exemple : avec un site web optimisé pour le mobile)

  • Proposer de nouveaux services (exemple : acheter en ligne et retirer son produit en boutique)

  • Développer l'expérience client (exemple : pouvoir tester les produits avant l'achat)

  • Interagir avec ses clients en boutique (exemple : affichage dynamique en boutique ou en vitrine)

  • Optimiser la relation client (exemple : conserver l'historique clients via un système de relation clientèle pour leur proposer des offres adaptées)

  • Optimiser la conception et la production (exemple : modéliser sous forme de plans numériques en 2 ou 3 dimensions les produits proposés).


Crédit publication Kévin Joly

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